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Décès
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16 avril 1917
à
Mont Sapigneul 02
Mort pour la France
LE CHEMIN DES DAMES 1917
L'offensive
Journée du 16 avril
Le 16 avril, à 6 heures du matin, l'offensive commença. Après une préparation d'artillerie de neuf jours, avec un élan magnifique, exaltés par la plus sincère foi patriotique, les troupes françaises se ruèrent à l'assaut.
Le terrain était difficile.
Depuis la bataille de la Marne, l'ennemi y demeurait accroché: il en connaissait tous les avantages, l'escarpement des coteaux, la profondeur des creutes, l'abri des crêtes et l'obstacle des cours d'eau. Le champ de bataille s'étendait du massif de Saint-Gobain à l'ouest, aux forts de Reims à l'est, et la montagne avec la ville de Laon en formaient le centre.
Nous avons vu que c'était aussi le premier but. Au nord de l'Aisne s'élève un plateau, limité par des falaises et dont l'extrémité orientale, en forme de promontoire, porte le village de Craonne.
Une route, le Chemin-des-Dames, suit les sommets des plateaux de Craonne à La Malmaison, au nord-ouest de Soissons. Elle marquait la ligne de défense allemande, qui se poursuivait à l'ouest sur les coteaux boisés de Vauclerc, de Cerny et de Bray. Deux forts que nous avions évacués sans combat, en 1914, Condé et La Malmaison, étayaient cette ligne.
Le débouché de l'attaque, s'effectua presque partout facilement; le barrage allemand fut en effet ou tardif ou peu dense.
Notre préparation et nos tirs de contre-batteries avaient neutralisé l'artillerie adverse. Par contre, dès le début de la progression à travers les organisations ennemies, notre infanterie se trouva battue par de nombreuses mitrailleuses établies soit en plein champ, soit sous des abris qui avaient échappé à notre artillerie ; une infanterie allemande très nombreuse garnissait la première position sur laquelle il était visible que l'adversaire entendait résister avec acharnement.
A la fin de la matinée, au cours de combats très durs, la 5e Armée avait marqué deux succès importants; à droite (7e Corps d'Armée) elle s'était emparée de Courcy (125e RI), Loivre et Berméricourt; au centre (32e Corps d'Armée), elle avait pénétré dans la deuxième position entre l'Aisne et la petite rivière de la Miette.
Partout ailleurs, elle n'avait pu que prendre pied dans la première position ennemie ; devant le plateau de Craonne, le 5e Corps d'Armée avait presque complètement échoué.
Du côté de la 6e Armée, les 2 Corps colonial et 20e CA. réussirent à s'installer sur la crête du Chemin-des-Dames, mais sans pouvoir la dépasser, des îlots de résistance (monument d'Hurtebise, sucrerie de Cerny) y rendant même précaire leur situation.
Plus au sud, les éléments de gauche des 20e et 6e Corps avaient été entraînés immédiatement dans un combat acharné autour de creutes, d'abris-cavernes et à l'intérieur des bois; ils ne purent progresser que très lentement et ne dépassèrent pas les premières et deuxièmes lignes allemandes.
A l'ouest, le 1e Corps colonial avait enlevé Laffaux et la ferme Moisy.
Ces combats très durs et les pertes subies fatiguèrent et démunirent l'infanterie; à partir de midi elle était hors d'état d'accomplir un effort sérieux.
Aussi quand, à 13 heures, les tanks débouchèrent sur Juvincourt, ils ne purent entraîner que quelques fractions et arrivèrent sans soutien vers la deuxième position allemande.
Dès lors l'ennemi, à son tour, s'efforça de reprendre le terrain.
Il avait déjà exécuté, pendant toute la matinée, une série de contre-attaques partielles, extrêmement énergiques.
Vers 14h30, le 32e Corps d'Armée avait arrêté une violente contre attaque venant de la région de Prouvais; pris sous le feu de notre artillerie lourde, l'ennemi subit des pertes considérables.
Malheureusement, les contre-attaques allemandes réussirent mieux dans la région de Juvincourt et sur la droite, où Berméricourt fut perdu par nous.
De même à la 6e Armée, le 1e Corps colonial était revenu sur ses tranchées de départ à la suite des réactions ennemies.
En somme, malgré que certains résultats obtenus fussent très honorables, les objectifs prévus n'étaient pas atteints. On avait espéré une avance foudroyante; que s'était-il donc passé?
Le général Blondlat, commandant du 2e Corps colonial, l'explique dans son rapport :
« L'influence des circonstances atmosphériques défavorables, dit-il, a été le trait le plus saillant de la période de préparation. Le vent violent, l'atmosphère brumeuse, la pluie et la neige fréquentes ont amoindri, dans une large proportion, le rendement de l'aviation, gêné l'observation aérienne, contrarié les réglages et l'exécution des tirs, empêché le contrôle photographique des destructions. L'activité de l'artillerie s'est trouvée, de ce fait, décousue, saccadée, incomplète. L'infanterie a également souffert des intempéries qui ont rendu très pénibles les travaux sur la position et le stationnement dans les bivouacs, et alourdi les mouvements. Si l'état moral de la troupe avant l'attaque était excellent, ainsi qu'en témoignent les extraits de correspondance, son état physique laissait à désirer.
A l'heure H, les troupes abordent en ordre les premières organisations allemandes. La crête géographique est atteinte presque sans pertes ; le barrage d'artillerie ennemi est peu nourri et présente des lacunes.
Toutefois, notre infanterie s'avance avec une vitesse inférieure aux provisions. Le barrage roulant se déclenche presque immédiatement et s'éloigne progressivement des premières vagues qu'il cesse bientôt de protéger.
Quelques mitrailleuses, qui se sont révélées sur le plateau, n'arrêtent pas l'élan des fantassins qui peuvent descendre le versant nord jusqu'au bord des pentes raides dévalant dans la vallée de l'Ailette.
Là, ils sont accueillis et cloués sur place par le feu meurtrier de nombreuses mitrailleuses qui, postées sur des pentes hors d'atteinte de nos projectiles, sont restées indemnes.
Quelques fractions, utilisant des cheminements incomplètement battus, parviennent à descendre les pentes; mais, d'une manière générale, les vagues subissent en quelques minutes des pertes considérables, particulièrement en cadres, et ne parviennent pas à franchir cette zone meurtrière, s'arrêtent, s'abritent et, sur certains points, refluent sur la dernière tranchée dépassée.
Elles sont rejointes par les. bataillons de deuxième ligne qui, partis à l'heure fixée, viennent se fondre sur la ligne de combat.
Les bataillons de troisième ligne, conformément au plan de combat, s'avancent à leur tour; quelques-uns peuvent toutefois être arrêtés à temps et occupent les premières tranchées allemandes ou nos tranchées de départ.
En moins d'une heure, le combat s'est stabilisé; toutes les tentatives pour reprendre le mouvement en avant échouent dès que l'on arrive sur la ligne battue par les mitrailleuses ennemies. La progression à la grenade par les boyaux et tranchées est seule possible et se heurte à une résistance de plus en plus vive.
Les réserves ennemies sont, en effet, à peu près intactes ; bien abritées dans les creutes du versant au nord ou dans des abris très profonds, elles n'ont pas souffert du bombardement et la tranchée courant sur le rebord du plateau leur constitue une parallèle de départ commode.
Nos fantassins sont desservis par l'état du terrain détrempé, particulièrement dans la zone bouleversée immédiatement derrière eux ; boyaux et tranchées sont remplis d'une boue gluante qui retarde l'arrivée des ravitaillements en munitions, ralentit singulièrement les mouvements préparatoires aux attaques et ceux nécessités par la remise en ordre des unités, expose de plus en plus les liaisons et les transmissions d'ordres et de renseignements.
De plus, l'artillerie, dans cette journée, ne put donner tout ce qu'on attendait d'elle.
Un barrage roulant devait précéder notre infanterie, réglé comme elle à la vitesse de 100 mètres en trois minutes. Pour assurer ce barrage pendant toute l'opération, suivant les ordres formels du général Micheler, il fallait procéder à des déplacements d'artillerie et pour cela un certain nombre de batteries avaient été gardées sur roues. Mais les averses de pluie et de neige ne permirent bientôt plus ces déplacements sur un sol détrempé. D'autre part, l'artillerie lourde était insuffisante, ainsi que les lots de munitions qui n'avaient pas été augmentés, malgré l'allongement de la période de préparation.
Enfin, la supériorité de l'aviation allemande fut telle que nos mortiers et certaines batteries de 75 furent constamment survolés et marmités. »
Il en résulta que la 10e Armée ne put entrer en ligne. Armée d'exploitation, elle devait déboucher en fin de rupture, le soir même du 16 avril, sur Monchalon et Vieux-Laon, en traversant les lignes au centre, entre le 2e Corps colonial et le 1 Corps d'Armée
Ses têtes de colonnes franchirent le canal et l'Aisne dès le matin. Le gros se massa en arrière de Merval, attendant pour avancer que la cote 108, à droite, et les positions d'Ailles, d'Hurtebise et de Craonne, au centre, fussent occupées par nos troupes d'assaut.
Apprenant, à 6h55, l'enlèvement de la première ligne ; à 7 heures, celui de la route 44; à 7h55, celui de Cerny-en-Laonnois (64e, 65e RI), le général Duchêne avait ordonné la marche en avant.
L'Armée, pleine d'ardeur et de confiance, était entrée dans la zone de bataille pour achever la victoire ; bientôt elle se heurta aux groupes de plus en plus nombreux de blessés gagnant l'arrière et apportant de mauvaises nouvelles. Comme, vers 10 heures, l'échec du 2e Corps colonial et celui du 1e Corps d'Armée furent confirmés, elle s'arrêta.
Il ne lui sera plus donné de jouer le rôle qu'elle avait assumé .
Dès le premier jour, l'offensive était donc mise en échec!
L'histoire des « chars d'assauts » qui, ce jour, reçurent le baptême du feu, déployèrent un courage héroïque, subirent des pertes énormes et durent abandonner la bataille, est malheureusement une illustration synthétique de cette journée.
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